Résection prostatique

Lorsque les signes de l’adénome résiste au traitement médical, un traitement endoscopique peut être réalisé. Le but est de recréer un canal urinaire perméable en enlevant l’adénome.

L’intervention qui vous est proposée s’appelle la résection trans-urétrale de la prostate. Elle est réalisée en passant par voie naturelle, par le canal de la verge, pour des adénomes habituellement inférieur à 80 grammes.

Principe de l’intervention

Cette intervention consiste à élargir le canal de l’urèthre intra-prostatique en enlevant l’adénome obstructif. On recrée une sorte d’entonnoir entre vessie et urèthre. Il faut bien comprendre que le segment intra prostatique de l’urèthre n’est qu’une fine membrane qui part avec la résection, que le chirurgien enlève des tissus mais ne reconstruit rien ; il laisse en fin d’intervention une plaie cruantée, cauthérisée dont la réparation demandera au moins 3 mois, temps pendant lequel l’opéré perçoit des symptômes irritatifs correspondant à ce temps de cicatrisation.
L’avantage de cette technique est de ne pas laisser de cicatrice cutanée. Cette intervention entraîne habituellement une éjaculation rétrograde, le sperme reste dans le canal et est ensuite évacué avec l’urine. En revanche, l’érection n’est que très rarement perturbée
Son action est souvent définitive et permet d’arrêter le traitement médical. L’adénome peut néanmoins repousser plusieurs années après l’intervention et entraîner une réapparition des symptômes.

Préparation à l’intervention

Une échographie de la prostate est habituellement demandée pour vérifier le volume de la prostate et l’aspect de la vessie.
Un bilan sanguin, une analyse d’urines sont réalisés avant l’intervention. Une infection urinaire non traitée pourrait conduire à repousser la date de votre opération.
Si vous prenez des anti-agrégants plaquettaires (Aspégic, Plavix, Pravadual), des anti-coagulants (Préviscan, Sintron), il faut bien sûr le signaler. La prise de ces médicaments sera nécessairement modifiée en concertation avec cardiologue et anesthésiste. D’autres produits anticoagulants vous seront éventuellement prescrits en relais de votre traitement habituel.

Technique opératoire

Le type d’anesthésie sera décidé au cas pas cas, en fonction des éléments de votre dossier médical, au moment de la consultation d’anesthésie. Dans le cas présent, il est possible d’intervenir sous anesthésie loco régionale (rachi-anesthésie, injection de produits anesthésiques par ponction lombaire), ou sous anesthésie générale.
En cas de rachi-anesthésie, vous ne pourrez pas bouger vos jambes tant que durera l’effet des produits injectés. Vous pourrez cependant conserver certaines sensations, mais pas de douleur.
En prévention d’une infection, vous recevrez une dose d’antibiotique en début de procédure.
L’intervention commence par l’introduction par le canal de l’urètre, d’un endoscope, qui permet de voir le canal, la prostate, la vessie. Cet endoscope accepte un instrument de travail, un résecteur, qui permet d’enlever des copeaux de prostate sur toute la circonférence de l’urètre. Le résecteur fonctionne grâce à des courants électriques de section ou de coagulation des tissus.
Pour que le courant électrique puisse circuler en milieu liquide, une solution qui conduit l’électricité (le Glycocolle) est irriguée dans l’urètre et la vessie de manière continue.
Les copeaux de prostate sont retirés et gardés pour être analysés.
En fin d’intervention, le chirurgien met une sonde vésicale à double courant qui va servir à laver la vessie en continu avec du sérum physiologique pour éviter la formation de caillots de sang. Le lavage reste cependant optionnel.
Dans certains cas, en particulier sur terrain vasculaire difficile, on peut recourir à d’autres techniques : résection bipolaire, vaporisation laser.

Suites habituelles, durée moyenne de séjour
Cette intervention nécessite une hospitalisation de 3 à 5 jours.
Vous pourrez ressentir une irritation du canal urinaire dans les heures ou les jours qui suivent l’intervention et un traitement contre la douleur pourra être prescrit si besoin.
Un traitement anti-coagulant n’est pas nécessaire si votre hospitalisation est courte et si vous ne présentez pas de risque spécifique de phlébite.
Le premier lever intervient le lendemain de l’intervention.
Dès que les urines recueillies deviennent suffisamment claires, le lavage continu est arrêté. La sonde urinaire est laissée en place pendant environ 48 heures. Les urines peuvent rester colorées plusieurs jours après le retrait de la sonde.

Le retour à domicile

Préparation à la sortie et soins à domicile
Un traitement antalgique est prescrit pour une durée de quelques jours si besoin.
Il n’y a habituellement pas de soins infirmiers à prévoir, sauf pour les injections du traitement anti-coagulant.
Il faut boire abondamment et uriner régulièrement pour laver la vessie et éviter que les urines deviennent rouges.
Des ordonnances pourront vous être remises pour les examens complémentaires à réaliser avant la consultation de suivi.
Un courrier sera adressé à votre médecin traitant pour le tenir informé de votre état de santé et des résultats de l’analyse des tissus prostatiques.
Reprise d’activité
Pendant un mois, il faut formellement éviter tout effort abdominal, donc sport, bricolage, jardinage, constipation, rapports sexuels. Vous risquez sinon de faire saigner, de façon plus ou moins abondante. Si des caillots se forment dans la coque prostatique et la vessie, une rétention d’urines devient alors fort possible avec hospitalisation voire reprise au bloc opératoire.
Pendant cette période il vaut mieux boire régulièrement au moins 2 litres par jour ; ceci diminue ce risque de caillotage et l’infection urinaire.
Jusqu’au troisième mois, dîtes vous que la cicatrisation est en cours et que tant que celle-ci n’est pas acquise, persistent des troubles fonctionnels : envies pressantes, mictions trop fréquentes, parfois fuites. Néanmoins le jet doit être facile. Si celui-ci s’amenuise au fil des semaines, il y a probablement un problème de canal, demandez nous alors conseil.
Risques et complications
Toute intervention comporte un risque vital lié à l’intervention ou à vos antécédents médicaux. Dans le cas de la résection endoscopique de prostate, ce risque est limité.
Le produit de lavage de la vessie pendant l’intervention peut être à l’origine de désordres ioniques dans le sang pouvant entraîner des nausées, malaises, et exceptionnellement coma.
La rétention urinaire (blocage de la vessie) est une complication possible. Une inflammation transitoire de la prostate et de l’urèthre peut entraîner ce type d’incident. Il est alors nécessaire de remettre une sonde en place pour quelques jours. Elle peut aussi être due à la présence de caillots secondaires à une reprise du saignement (chute d’escarre),.
En général, les saignements sont taris à la fin du premier mois. La prise d’anticoagulants ou antiagrégants plaquettaires aggravent le risque.
L’infection urinaire est la complication la plus fréquente. Elle pourra conduire votre urologue à vous prescrire un traitement antibiotique et à vérifier que votre vessie se vide correctement. Si vous avez de la fièvre ou des brûlures urinaires, une bourse qui grossit et devient douloureuse, (épididymite), n’hésitez pas à demander conseil.
L’incontinence est rare, le plus souvent transitoire. Dans 5 à 10% des cas peut survenir un rétrécissement secondaire du canal de l’urètre.
La qualité des érections et la libido ne sont pas habituellement pas modifiées par l’intervention. L’impuissance est exceptionnelle.
Le risque d’éjaculation rétrograde est important (90%). Celle-ci se caractérise par l’absence d’émission de sperme au moment de l’orgasme. Elle est secondaire à l’ouverture du col de la vessie provoquée par la résection de l’adénome. Cela ne modifie en principe pas la sensation de plaisir.
Suivi postopératoire
La consultation postopératoire interviendra 3 mois après l’intervention, afin d’évaluer l’amélioration de vos symptômes urinaires et la bonne qualité de votre vidange vésicale.
Une analyse d’urine à la recherche d’une infection et une échographie avec mesure du résidu post-mictionnel peuvent vous être prescrites.
Le suivi est ensuite réalisé habituellement une fois par an par votre médecin traitant.